Le dogfooding – ou comment « glisser sur sa banquise »?

Le DogFooding: un concept simple mais efficace

 

Avez-vous déjà entendu parler du Dogfooding ?

Le concept est très simple : Il s’agit pour une entreprise d’utiliser son produit pour ses propres besoins afin d’être au plus proche du ressenti utilisateur.

Le terme serait né d’une publicité d’Alpo dog food, une marque de nourriture pour chien, dans laquelle l’acteur Lorne Greene en vedette assurait donner lui-même ce produit à son propre chien. Le concept a été repris par de nombreuses entreprises qui l’ont parfois adapté, comme Drink your own champagnechez Pegasystem ou Eat your own icecream chez Github.

Chez Pingflow, nous sommes clairement partisans du « Glisse sur ta propre banquise » !

Une des applications les plus poussées de ce principe fut probablement le développement par Microsoft du système d’exploitation Windows NT. Dave Cutler, l’architecte en charge du projet, décida qu’à chaque itération du développement, les développeurs utiliseraient le système résultant du build précédent. Ils étaient donc contraints de subir les bugs et défauts qu’ils avaient eux-mêmes introduit quelques jours plus tôt. Une telle procédure, bien que source d’avalanche de bugs, s’est vite transformée en un outil indispensable pour la motivation des développeurs, la priorisation des tâches et la cohérence des fonctionnalités implémentées. Il est aujourd’hui admis que c’est un des facteurs de succès de Windows NT.

Comment l’équipe Pingflow glisse-t-elle sur sa propre banquise ?

L’équipe de développement de Pingflow est connectée à plusieurs outils en ligne (Gitlab pour la gestion du code, Pipedrive pour le suivi client, Wekan pour la planification agile…) et nous avons nous mêmes besoin de management visuel. Nous avons donc conçu des écrans dynamiques en utilisant la solution Pingflow afin d’avoir un suivi en temps réel des modifications de code, des tickets ouverts et fermés, des commentaires sur les fonctionnalités prévisionnelles et tout autre indicateur pertinent.

Cet affichage est devenu le reflet de l’activité de l’équipe. En mettant en place de petites alertes sonores en fonction du type d’évènement, toute l’équipe a pu développer un « sixième sens Pingflow » directement lié à cet écran dynamique. À tel point que lorsque nous avons changé de locaux en janvier 2015 et que notre moniteur n’était pas encore installé, nous tournions naturellement la tête vers un écran imaginaire ! Cette adoption du management visuel dans une équipe est justement ce que nous cherchons à faire découvrir à nos clients, et le fait de le vivre nous-mêmes au quotidien apporte une crédibilité exceptionnelle à notre démarche d’accompagnement.

La prise de conscience du produit

Lorsqu’une société édite un logiciel, celui-ci est souvent perçu différemment selon les personnes. Le développeur va avoir une bonne vision des mécaniques internes qui le font fonctionner, le commercial va connaître ses atouts concurrentiels et saura créer un vif intérêt lors des présentations. En travaillant au quotidien sur le produit, l’équipe s’en retrouve forcément avec une vision biaisée. Mais l’utilisateur, celui pour lequel le produit est conçu, aura lui aussi une image du produit sensiblement différente ! Et c’est en sachant se mettre à sa place que l’entreprise pourra entrevoir l’image que son produit émane. Pour cela, chercher à répondre à un besoin réel est une condition nécessaire pour se rapprocher au mieux de la vision client.

Un exemple vécu chez Pingflow a été la mise en place du regroupement de widgets. Nous avons développé dans notre solution un moyen de regrouper les widgets afin de déplacer tout un groupe d’un seul coup de souris et de construire des ensembles cohérents. Au moment de sa mise en place, l’expérience utilisateur associée était très mauvaise : comportements contre-intuitifs, widgets qui se sauvent, raccourcis claviers incompréhensibles etc. Mais l’aspect intéressant est que nous ne nous en sommes pas du tout aperçus ! En effet lors des tests il suffisait de regrouper deux widgets entre eux et de constater que ça marche, rien de bloquant. Nous avions même fini par avoir un scenario de démonstration tout prêt qui fait très bon effet. Quand bien même les widgets ne se regroupaient pas bien du premier coup, nous tentions naturellement un deuxième essai.

Tout le problème est dans le fait que tant qu’on a pas un réel objectif en tête, et tant qu’on se focalise plus sur l’outil utilisé que sur le résultat souhaité, toute notre appréciation est faussée. Un bon outil est un outil qui permet à l’utilisateur d’atteindre son objectif, pas simplement de valider le cahier des charges ! C’est finalement en cherchant à concevoir un écran pour notre propre besoin, en ayant par avance l’idée de l’objectif, que le dur constat a pu être fait : la fonctionnalité mise en place, bien qu’entièrement conforme à sa description dans la planification, ne pouvait pas être considérée comme terminée.

Les limites du dogfooding

Même si l’idée de valider son produit en l’utilisant soi-même ne peut-être que bénéfique, attention toutefois à ne pas tomber dans un des pièges liés à cette démarche :

La non prise en compte du profil utilisateur : Gardez en tête que vos clients n’ont pas toujours le même profil que vous ; le domaine de compétence, corps de métier, et même la culture ou personnalité des « vrais » utilisateurs ne seront probablement pas les mêmes que chez vous !

L’obstination : Inciter à la politique du dogfooding veut aussi dire volontairement renoncer aux solutions concurrentes ou alternatives : alors que vous chercherez à pousser votre produit à bout pour contourner ses défauts, vos clients dans la même situation iraient peut-être tout simplement voir ailleurs ! En aucun cas vous ne devez négliger votre veille concurrentielle ainsi que la prise directe de retours utilisateurs.

Le manque de réalisme : Il est à noter qu’en fonction de leur activité, les entreprises n’auront pas toutes la même facilité à mettre cette approche en place. On imagine difficilement les ingénieurs d’Arianespace aller quotidiennement au bureau en fusée.

La dictature : Enfin, attention à ne pas tomber dans le Dogfooding tyrannique qui peut être dur à vivre et qui perd complètement son intérêt si il devient trop contraint. Un salarié de chez Nespresso a le droit de préférer le thé !

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